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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 12:37

Gloria et ses deux petites de 2 et 6 ans ont donc été interpellées il y a dix jours après ce nous disons être une violation de leur domicile à "La Maison Grise" un matin à 6h. On les retrouve quelques heures plus tard à Marseille, enfermées dans un centre de rétention. Le Juge des Libertés n'y voit rien à redire et les maintient bouclées, ces trois dangereuses délinquantes. Lundi dernier, la Cour d'Appel d'Aix en Provence n'entend pas les objections un peu maladroites d'une avocate commise d'office et signifie à nos amies, bien coincées dans leur boxe d'accusées, qu'elles vont retourner au Centre de Rétention. La mobilisation militante est entendue partout en France. On craint un départ mercredi dernier en avion. L'avion reste bloqué au sol. On sait que, demain, lundi, la messe sera dite, du seul point de vue de la justice, au Conseil d'Etat à Paris. Rien n'empêchera plus leur embarquement forcé pour Varsovie puis la douce Tchétchénie. Sauf si...

Une semaine plus tard, c'est Irina et ses deux filles de 15 et 16 ans, qui sont "raflées"en compagnie du beau-frère de Madame et tuteur de ses filles. Un peu fatigué ce matin, j'aurais pu écrire "cueillies" ou choisir un mot qui fâche moins sauf que le dictionnaire semble donner raison à mon premier choix en définissant comme rafle une opération policière exécutée à l'improviste dans un lieu "suspect". Vendredi dernier, donc, à l'aube, des hommes en uniforme s'engouffrent sans commission rogatoire dans le paisible bâtiment du n°1 de la rue ClémenceauTrois ou quatre portes démolies, des enfants terrorisés et une famille emmenée en quelques minutes de ce qui est présenté comme une démarche de police administrative. Notre avocat arrive de suite puis fonce à la Police de l'Air et des Frontières. Rien n'y fera. La famille rejoint Gloria à Marseille. Madame est russe et veuve d'un tchétchène. Elle craint, dans son pays, pour sa sécurité et celle de ses filles. Alors, aidée par son beau-frère, elle a rejoint en France après avoir vu sa demande d'asile rejetée en Pologne, des membres de la famille de son mari réfugiés ici depuis de nombreuses années. Comme Gloria, elle est sous EURODAC et s'est soumise à toutes les convocations de la Police de l'Air et des Frontières préalables à son éventuelle réadmission en Pologne. Et pourtant, hier, faisant l'impasse sur les conditions particulièrement indignes et illégales de son interpellation, le Juge des Libertés de Marseille a maintenu cette famille en rétention. Prochaine étape, très vite : la Cour d'Appel. Autre rendez-vous judiciaire : demain lundi après-midi, la famille fera l'aller-retour de Marseille à Nice pour une audience au Tribunal Administratif concernant son hébergement hôtelier par l'Etat. 

Comment en est-on arrivé là ? 

Le 27 octobre, soit à l'expiration du délai imparti à la France pour la reconduire, la Préfecture, tout comme pour Gloria, s'est donné 12 mois de plus pour la remettre aux autorités polonaises et en a profité pour mettre fin à son hébergement. C'est comme ça maintenant. On ne s'embarrasse plus des règlements, des lois, des directives, des conventions et des principes. Les délais légaux ne conviennent plus au Préfet ? Il les allonge en s'appuyant sur toujours la même assertion : ces gens ont voulu se soustraire aux mesures de "reconduite" alors qu'ils ont scrupuleusement répondu à toutes les convocations et qu'on ne leur a jamais, jamais j'y insiste, demandé de se rendre avec enfants, bagages et laissez-passer à un embarquement quelconque. Et pour faire bonne mesure, on en rajoute une couche en accusant les associations d'aide au séjour irrégulier. Un mensonge qui prospère ne fait pas une vérité. Toutes ces personnes, soutenues par le Collectif Asile et hébergées, pour certaines d'entre elles à "la Maison Grise", sont en situation régulière de demande d'asile en Europe et font valoir auprès des tribunaux leur droit à demande d'asile en France. Les célibataires accueillis sont porteurs d'une autorisation de séjour en France en raison de leur demande d'asile. La plupart des familles de "Clémenceau" ont gagné au Tribunal Administratif un droit à l'hébergement et l'Etat refuse d'exécuter ces décisions de justice. De nombreuses autres familles sous EURODAC sont encore hébergées à l'hôtel par l'Etat qui se rendrait donc complice d'aide au séjour irrégulier...? Allez comprendre


Hier, Teresa, Marie-Claire, Tatiana, Charles et moi avons fait le voyage de Marseille pour une belle manif. de RESF devant le Centre de Rétention. Teresa, Charles et moi avons pu rencontrer les familles à l'intérieur du Centre, voir de nos yeux des enfants emprisonnés (ici, on dit pudiquement "retenus" et à l'entrée du bâtiment on lit aussi le mot "hébergés" : on ne tord pas que le droit en France, on s'en prend aussi au vocabulaire).

On continue 

Il faut se battre, bec et ongle, pour chacune de ces familles, chacun de ces enfants, chacun de tous ces droits bafoués en étant bien plus nombreux à toutes les audiences au Tribunal Administratif, à celle de demain matin au Palais de Justice de Nice où les occupants de la "Maison Grise" sont assignés. 

Que personne ne déserte ce digne combat sous l'empire de la peur et des convenances !
Nos actions non-violentes et solidaires font honte aux crispations identitaires de rejet de l'autre qui parcourent une grande partie du corps social de cette ville, de ce département et de ce pays.


Bon dimanche et à demain (matin et après-midi).

Bernard (Vie et Partage)

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Published by coviam - dans Communiqués
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